Tirelires traditionnelles : entre économie populaire et soupçons de mysticisme
Dans les marchés animés de Ouagadougou, Bobo-Dioulasso ou Kaya, les étals d’artisans regorgent d’objets qui racontent l’âme du Burkina Faso. Parmi eux, un produit attire particulièrement les regards : la tirelire traditionnelle en terre cuite. Ronde, souvent décorée de motifs géométriques ou de couleurs vives, elle trône fièrement sur les tables des artisans, comme un clin d’œil au passé et à la sagesse économique des anciens.
Symbole d’épargne et de discipline, elle rappelle une époque où chaque pièce déposée dans la tirelire était une promesse d’avenir. Mais derrière cette image charmante, des récits troublants émergent et alimentent une controverse croissante.
Quand le rêve d’épargne tourne au cauchemar
L’histoire commence par des confidences, d’abord timides, puis de plus en plus nombreuses.
« J’ai économisé pendant des mois », raconte Adama, 28 ans, rencontré sur le marché de Bobo-Dioulasso. « Le jour où j’ai brisé la tirelire, je n’ai retrouvé qu’un seul billet froissé. Tout le reste avait disparu comme par enchantement. »
Son témoignage n’est pas isolé. Sur les réseaux sociaux, dans les quartiers populaires, dans les causeries au cabaret, les langues se délient. Des familles affirment avoir perdu des sommes parfois importantes, patiemment économisées.
A Ouahigouya, une commerçante confie :
« Trois de mes sœurs ont eu le même problème. Nous pensions que c’était une coïncidence, mais cela se répète trop souvent. Depuis, nous avons décidé d’arrêter complètement d’utiliser ces tirelires. »
Un parfum de mysticisme
Ces pertes inexpliquées alimentent toutes sortes de rumeurs. Pour certains, ces tirelires seraient chargées de "grigris" ou de pratiques occultes, destinées à absorber la chance de leur propriétaire ou à détourner l’argent vers un artisan ou un tiers malintentionné.
Dans un pays où le sacré et le quotidien cohabitent étroitement, l’idée n’est pas si farfelue pour une partie de la population.
Un ancien chef de quartier à Dédougou explique :
« Dans nos traditions, certains objets peuvent être "préparés". S’ils sont destinés à nuire ou à tester la sincérité de celui qui les utilise, ils peuvent provoquer des pertes matérielles ou spirituelles. »
D’autres, plus rationnels, évoquent plutôt des vols discrets ou des malfaçons qui permettraient de récupérer l’argent avant que la tirelire ne soit brisée.
L’épineuse question de la preuve
À ce jour, aucune preuve scientifique n’atteste de phénomènes surnaturels liés à ces objets. Les économistes interrogés rappellent que l’épargne informelle reste vulnérable à de nombreux aléas : vol domestique, confusion entre les montants déposés, voire simple oubli.
Mais l’argument ne convainc pas tout le monde. Car le phénomène semble toucher plusieurs régions à la fois, et toujours avec la même mise en scène : de l’argent soigneusement gardé qui disparaît mystérieusement.
Les autorités n’ont pas encore ouvert d’enquête officielle, mais des associations de consommateurs appellent à plus de régulation dans la production et la vente de ces objets, afin de protéger les citoyens.
Entre patrimoine et méfiance
Les artisans, de leur côté, dénoncent une campagne qui pourrait nuire à tout un secteur économique.
« Nous fabriquons ces tirelires avec des techniques ancestrales. Elles sont un symbole de notre culture. Si certains problèmes surviennent, ce n’est pas lié à leur fabrication », plaide un potier du quartier de Gounghin à Ouagadougou.
Ce débat met en lumière une tension profonde entre modernité et tradition : faut-il continuer à utiliser des objets hérités des ancêtres, au risque de voir se répéter des pertes inexpliquées, ou basculer vers des outils modernes comme les banques, les caisses d’épargne ou le mobile money ?
Appel à la vigilance
Face à l’incertitude, les spécialistes de la sécurité financière recommandent la prudence :
- Privilégier des contenants fermés et sécurisés, ou mieux encore, des comptes d’épargne fiables.
- S’informer sur la provenance des objets achetés et connaître les artisans de confiance.
- Éviter d’utiliser comme simple tirelire des objets qui pourraient avoir une signification rituelle ou symbolique.
Conclusion : une affaire à suivre
L’affaire des tirelires traditionnelles n’est peut-être qu’une succession de coïncidences, mais elle pose une question essentielle : comment concilier héritage culturel et besoin de sécurité économique dans un contexte où la pauvreté rend chaque franc vital ?
Les marchés continueront de vendre ces objets, les enfants continueront de les casser avec curiosité, mais le regard des Burkinabè sur leurs tirelires ne sera plus jamais tout à fait le même.
En attendant que des enquêtes plus poussées soient menées, prudence reste la meilleure alliée de l’épargnant.
Kindo Brahima
Pour Faso Patriotes TV
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