Hommage national à Alino Faso : une nuit d’adieu au CENASA
Ouagadougou, 21 août 2025 – La nuit venait à peine de tomber sur Ouagadougou lorsque les premiers chants se sont élevés du Centre national des arts du spectacle et de l’audiovisuel (CENASA). Une foule bigarrée, faite d’artistes, d’activistes, de proches, mais aussi de simples citoyens anonymes, s’y pressait, le cœur lourd, pour dire adieu à Alain Christophe Traoré, alias Alino Faso. L’air était chargé d’encens, de murmures, de larmes étouffées et de cette gravité rare qui saisit un peuple lorsqu’il s’apprête à saluer l’un de ses fils les plus dévoués.
Les visages de la douleur
Dans le hall du CENASA, de longues files se formaient pour accéder à la salle. Des jeunes femmes vêtues de pagnes traditionnels tenaient entre leurs mains des bougies, dont la flamme fragile contrastait avec la force de leur détermination. Sur les visages, la douleur se lisait sans détour. Certains avaient les yeux rougis, d’autres gardaient un silence pesant, comme si les mots n’avaient plus de sens.
À l’intérieur, le cercueil symbolique drapé aux couleurs nationales trônait au centre de la scène, entouré de bouquets de fleurs blanches. Autour, des artistes jouaient des mélodies lentes, proches de la complainte. Chaque note semblait dire ce que les voix hésitaient à exprimer : un vide irréparable.
La culture en prière
Peu après l’ouverture, les premiers hommages musicaux se sont succédé. Un griot, debout, a fait vibrer la salle avec son n’goni, chantant la mémoire de celui qu’il appelait « le gardien de la flamme culturelle ». Ses paroles, mi-chantées mi-déclamées, tiraient des sanglots discrets du public.
Puis vinrent les artistes modernes, guitare et micro en main. L’un d’eux reprit un morceau qu’Alino aimait fredonner, et toute la salle s’est levée comme un seul homme, transformant la chanson en un chœur bouleversant.
« C’est vraiment de la tristesse. Nous ne savions pas qu’Alino allait nous quitter aussi tôt. C’était une personnalité importante de notre culture, un grand bénévole pour tous les événements. Beaucoup de force à sa famille et à la famille de la culture. Que la terre du Burkina lui soit légère », lança avec émotion Alif Naaba, déclenchant une salve d’applaudissements mêlée de larmes.
À ses côtés, Raïssa Comparé, amie intime, ne put retenir ses sanglots : « Ce soir, c’est le monde de la culture qui a rendu hommage à Alino Faso, tout simplement parce qu’il a su mettre en valeur toutes nos richesses culturelles. »
Une famille digne mais déterminée
Lorsque Seydou Traoré, représentant de la famille, s’est avancé au micro, un silence profond s’est abattu sur l’assistance. Les sanglots se turent, les souffles se suspendirent. Sa voix, ferme malgré l’émotion, résonna :
« Nous remercions le peuple burkinabè pour cet hommage à notre fils. Mais nous ne saurions nous contenter de pleurer. Nous voulons la vérité. Nous voulons la justice. Alino ne s’est pas donné la mort. Ce combat est désormais celui de tous. »
Ses mots, lourds et graves, furent suivis d’une longue ovation, où l’on sentait à la fois la douleur et la colère partagée.
Une mort aux zones d’ombre
Le rappel des circonstances de son décès planait comme une ombre au-dessus de la cérémonie. Arrêté le 10 janvier 2025 en Côte d’Ivoire, Alino Faso avait été détenu dans une école de gendarmerie. Le 24 juillet, son corps y fut retrouvé. La thèse du suicide avancée par la justice ivoirienne fut immédiatement rejetée par les autorités burkinabè.
À Ouagadougou, chacun en est convaincu : quelque chose ne colle pas. « Alino était un battant. Il parlait toujours de l’avenir, de ses projets, de sa lutte. Jamais il n’aurait posé un tel acte. » confiait un ami, en essuyant ses larmes.
Le gouvernement burkinabè a promis que cette mort « ne restera pas impunie ». Déjà, des démarches diplomatiques sont en cours, et la demande d’une enquête indépendante résonne comme un impératif.
Le poids d’un héritage
Au-delà de la douleur, la cérémonie fut aussi l’occasion de rappeler l’héritage d’Alino. Militant infatigable, il avait su lier culture et engagement citoyen, transformant chaque événement artistique en tribune pour défendre la liberté, la dignité et l’identité burkinabè.
« Alino n’est pas mort, il vit à travers nous. Sa voix, ses actes, son amour pour la culture continueront de nous guider », lança un jeune musicien à la fin de son hommage, la voix brisée.
Dans le public, un enfant tenait un petit écriteau où l’on pouvait lire : “Justice pour Alino”. Cette image, fragile mais éloquente, résumait toute l’atmosphère : une douleur immense, mais aussi une flamme d’espérance et de lutte.
Un adieu qui devient un appel
Lorsque les lumières se sont éteintes et que la salle s’est vidée, chacun emportait avec lui un bout de cette soirée. Mais ce n’était pas un adieu résigné. C’était une promesse : celle de faire vivre l’héritage d’Alino Faso, de continuer son combat pour la culture et la justice, et de ne jamais laisser son nom sombrer dans l’oubli.
À la sortie, une vieille dame murmurait en quittant la salle :
« On n’enterre pas un homme comme Alino. On le sème dans les cœurs. »
Et c’est peut-être cela, l’ultime vérité de cette nuit d’hommage : Alino Faso n’a pas disparu. Il est devenu mémoire et combat, porté par tout un peuple.
Saidicus Leberger
Pour Faso Patriotes TV
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